le cartel des traders Index du Forum

Accueil Accueil Accueil S'enregistrer

:: En défense de l’Euro: une approche autrichienne I ::

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    le cartel des traders Index du Forum -> le cartel des traders -> Les Dossiers qui font débat
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
€goldster


Hors ligne

Messages: 1 398
Localisation: Suisse

MessagePosté le: Jeu 2 Aoû - 20:43 (2012)    Sujet du message: En défense de l’Euro: une approche autrichienne I Répondre en citant

1.      Introduction : le système monétaire idéal

 
Les théoriciens de l’Ecole Autrichienne ont réalisé un effort considérable visant à expliquer quel était le système monétaire idéal pour une économie de marché. Ils ont développé toute une théorie du cycle qui démontre le caractère récurrent des mouvements cycliques engendrés par l’expansion de crédit sans épargne réelle qu’orchestrent les banques centrales à l’aide d’un système bancaire pratiquant la réserve fractionnaire. Sur le plan historique, ils ont expliqué l’apparition et évolution de la monnaie et la manière dont l’intervention coercitive de l’Etat, encouragée par de puissants groupes d’intérêt, avait éloigné du marché et corrompu l’évolution naturelle des institutions bancaires. Sur le plan éthique, ils ont mis en évidence les exigences et les principes juridiques du droit de propriété en matière de contrats bancaires. Principes qui naissent de l’économie de marché elle-même et sont, à leur tour, indispensables à son fonctionnement correct.

 
Toute cette analyse théorique aboutit à la conclusion suivante : le système monétaire et bancaire actuel est incompatible avec une véritable économie de libre entreprise ; il souffre de tous les défauts énoncés par le théorème de l’impossibilité du socialisme, et est une source continue d’instabilité financière et de perturbations économiques. Il est donc indispensable de repenser le système financier et monétaire mondial, de façon à extirper la racine des problèmes qui nous affligent. Cette démarche doit se fonder sur les trois réformes suivantes : (a) le rétablissement du coefficient de caisse de 100 pour cent, comme principe essentiel du droit de propriété privée, pour tout dépôt à vue de monnaie et ses équivalents ; (b) l’abolition de toutes les banques centrales : elles sont superflues comme prêteurs en dernier recours si la réforme (a) est réalisée et sont, en tant que véritables organes de planification centrale financière, une source continue d’instabilité ; les lois établissant le cours forcé et le fatras de règlementation administrative qui en découle devrait disparaître également ; (c) le retour à l’étalon-or classique, comme étalon monétaire mondial unique qui fournirait une base monétaire non manipulable par les pouvoirs publics et capable de réfréner et de discipliner les désirs inflationnistes des divers agents sociaux.[ii]

 
Les recommandations précédentes permettraient d’extirper les maux qui nous affligent en favorisant un développement économique et social encore jamais vu. Elles indiquent, en outre, quelles réformes sont bien ou mal orientées et facilitent un jugement plus exact sur les différents choix possibles de politique économique. C’est dans cette seule perspective, strictement conjoncturelle et « possibiliste », que l’on doit interpréter la « défense » relative de l’euro contenue dans cet article et développée selon le point de vue de l’Ecole Autrichienne.

 
 
 
2.     La tradition autrichienne de soutien aux taux de change fixes face au nationalisme monétaire et aux taux de change flexibles

 
Les économistes autrichiens ont toujours considéré que, tant que le système monétaire idéal ne serait pas établi, c’était une grave erreur théorique et de praxis politique que celle commise par de nombreux économistes, en particulier ceux de l’Ecole de Chicago, qui défendent des taux de change flexibles dans un contexte de nationalisme monétaire, comme si les premiers et le second correspondaient mieux à une économie de marché. Pour les autrichiens, en revanche, tant que les banques centrales n’auront pas été supprimées et l’étalon-or classique été réinstauré avec un coefficient de réserve bancaire de 100 pour cent, il faudrait tout faire pour que le fonctionnement et les résultats du système monétaire en vigueur approchent l’idéal. Cela exige de limiter au maximum le nationalisme monétaire, d’empêcher dans chaque pays le développement d’une politique monétaire autonome et d’endiguer le plus possible les politiques inflationnistes d’expansion de crédit, en créant un cadre monétaire qui discipline au maximum les agents économiques, politiques et sociaux et, en particulier, les syndicats et autres groupes de pression, les politiques et les banques centrales.

 
C’est dans ce seul contexte que doit être interprétée la position d’économistes autrichiens aussi illustres que Mises et Hayek. Il convient ainsi de rappeler la critique démolisseuse d’Hayek contre le nationalisme monétaire et les taux de change flexibles développée en 1937 dans son remarquable livre Monetary Nationalism and International Stability[iii] : Hayek démontre que les taux de change flexibles empêchent une allocation efficace des ressources au niveau international car ils entravent et faussent immédiatement les flux réels de consommation et d’investissement ; ils obligent, de surcroît, à toujours effectuer les ajustements à la baisse nécessaires en matière de coûts par élévation du reste des prix nominaux, et cela dans un contexte chaotique de dépréciations concurrentielles, expansion de crédit et inflation. Contexte qui favorise, en plus, toute sorte de comportements irresponsables de la part des syndicats, en poussant à des réclamations salariales et professionnelles continuelles qui ne peuvent être satisfaites sans aggraver le chômage qu’en augmentant encore l’inflation. Trente-huit ans plus tard, en 1975, Hayeksynthétisait ainsi son argument : « It is, I believe, undeniable that the demand for flexible rates of exchange originated wholly from countries such as Great Britain, some of whose economists wanted a wider margin for inflationary expansion (called ‘full employment policy’).They later received support, unfortunately, from other economists[iv] who were not inspired by the desire for inflation, but who seem to have overlooked the strongest argument in favor of fixed rates of exchange, that they constitute the practically irreplaceable curb we need to compel the politicians, and the monetary authorities responsible to them, to maintain a stable currency » (les italiques sont de moi). Il ajoute pour mieux expliquer son argument: « The maintenance of the value of money and the avoidance of inflation constantly demand from the politician highly unpopular measures. Only by showing that government is compelled to take these measures can the politician justify them to people adversely affected. So long as the preservation of the external value of the national currency is regarded as an indisputable necessity, as it is with fixed exchange rates, politicians can resist the constant demands for cheaper credits, for avoidance of a rise in interest rates, for more expenditure on ‘public works’, an so on. With fixed exchange rates, a fall in the foreign value of the currency, or an outflow of gold or foreign exchange reserves acts as a signal requiring prompt government action[v]. With flexible exchange rates, the effect of an increase in the quantity of money on the internal price level is much too slow to be generally apparent or to be charged to those ultimately responsible for it. Moreover, the inflation of prices is usually preceded by a welcome increase in employment; it may therefore even be welcomed because its harmful effects are not visible until later ». Et Hayek conclut: « I do not believe we shall regain a system of international stability without returning to a system of fixed exchange rates, which imposes upon the national central banks the restraint essential for successfully resisting the pressure of the advocates of inflation in their countries -usually including ministers of finance » (Hayek 1979 [1975], 9-10).

 
Quant à Ludwig von Mises, on sait qu’il se détacha de son disciple très cher FritzMachlup, lorsque celui-ci se mit à défendre en 1961, au sein de la Mont Pèlerin Society, les taux de change flexibles. 

 
D’après R. M. Hartwell, en effet, « Machlup’s support of floating exchange rates led von Mises to not speak to him for something like three years » (Hartwell 1995, 119).Mises pouvait comprendre que les macroéconomistes sans formation universitaire en matière de théorie du capital, comme Friedman et ses collègues de Chicago et, en général, les keynésiens, défendent les taux flexibles et l’inflationnisme qui en découle, mais il n’était pas disposé à pardonner quelqu’un qui, comme Machlup, avait été son disciple et était donc expert en économie, mais s’était laissé séduire par le pragmatisme et les modes passagères du politiquement correct. Il en vint même à dire à sa femme qu’il ne pouvait pas pardonner Machlup parce que « he was in myseminar in Vienna ; he understands everything. He knows more than most of them and he knows exactly what he is doing » (Margit von Mises 1984, 146). La défense que fait Mises des taux de change fixes est parallèle à sa défense de l’étalon-or comme système monétaire idéal au niveau international. Il écrivait en 1944 dansOmnipotent Government : « The gold standard put a check on governmental plans for easy money. It was impossible to indulge in credit expansion and yet cling to the gold parity permanently fixed by law. Governments had to choose between the gold standard and their -in the long run disastrous- policy of credit expansion. The gold standard did not collapse. The governments destroyed it. It was incompatible withetatism as was free trade. The various governments went off the gold standard because they were eager to make domestic prices and wages rise above the world market level, and because they wanted to stimulate exports and to hinder imports.Stability of foreign exchange rates was in their eyes a mischief, not a blessing. Such is the essence of the monetary teachings of Lord Keynes. The Keynesian schoolpassionately advocates instability of foreign exchange rates »[vi] Il ne faut donc pas s’étonner du mépris que manifesta Mises à l’égard des théoriciens de Chicago lorsqu’ils se laissèrent séduire, en cette matière et dans d’autres, par le keynésianisme le plus grossier. Mises estimait, d’autre part, qu’il était assez facile de réinstaurer l’étalon-or et de revenir aux taux de change fixes : « The only conditionrequired is the abandonment of an easy money policy and of the endeavors to combat imports by devaluation ». Il considère, en outre, que seuls les taux de change fixes sont compatibles avec une démocratie authentique, l’inflationnisme lié aux taux de change flexibles étant essentiellement antidémocratique : « Inflation is essentiallyantidemocratic. Democratic control is budgetary control. The government has but one source of revenue-taxes. No taxation is legal without parliamentary consent. But if the government has other sources of income it can free itself from their control »Mises 1969, 251-253).

 
Ce n’est que si les taux de change sont fixes que les gouvernements sont obligés de dire la vérité au public. C’est pourquoi la tentation du recours à l’inflation et aux taux flexibles pour éviter le coût politique des augmentations d’impôts est si grande et si pernicieuse. Et, même s’il n’y a pas d’étalon-or, les taux fixes contiennent et disciplinent l’arbitraire des politiques : « Even in the absence of a pure gold standard,fixed exchange rates provide some insurance against inflation which is notforthcoming from the flexible system. Under fixity, if one country inflates, it fallsvictim to a balance of payment crisis. If and when it runs out of foreign exchange holdings, it must devalue, a relatively difficult process, fraught with danger for the political leaders involved. Under flexibility, in contrast, inflation brings about no balance of payment crisis, nor any need for a politically embarrassing devaluation. Instead, there is a relatively painless depreciation of the home (or inflationary) currency against its foreign counterparts » (Block 1999, 19).

 
 
A suivre

 
 
 
 
 
 
 
 


 Sur les auteurs et les développements principaux, consulter Huerta de Soto 2011a [1998].

 
[ii] Ibid., chap. 9.

 

[iii] F. A. Hayek 1971 [1937]

 

[iv] Même s’il ne les cite pas expressément, Hayek fait allusion aux théoriciens de l’Ecole de Chicago et à Milton Friedman dont le point de vue coïncide, ici comme ailleurs, avec celui des keynésiens.

 

[v] [i]On verra plus loin qu’avec une monnaie unique telle que l’euro, la capacité de discipline destaux de change fixes est assumée par la cotation de la dette souveraine et corporate de chaque pays.

 

[vi] [i]Il faut indiquer, pour renforcer l’argument de Mises, qu’on ne peut nullement imputer à l’étalon-or l’erreur commise par Churchill après la Première Guerre Mondiale et consistant à fixer sa parité sans tenir compte de la grande inflation de livres-papier émise pour financer le conflit. Ce fait n’a rien à voir avec la situation actuelle de l’euro qui est coté librement sur les marchés internationaux, ni avec les problèmes des pays périphériques de la Zone euro liés à la perte de compétitivité réelle de leurs produits soufferte pendant la bulle (Huerta de Soto 2011a, 351, 483)

 

_________________
time is money and money is time


Revenir en haut
MSN Skype
Publicité





MessagePosté le: Jeu 2 Aoû - 20:43 (2012)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    le cartel des traders Index du Forum -> le cartel des traders -> Les Dossiers qui font débat Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  
Index | Creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Theme by Quentin H. ~ Alias Caly - 2009-2010 ©
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com