le cartel des traders Index du Forum

Accueil Accueil Accueil S'enregistrer

:: L'or des nazis ::

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    le cartel des traders Index du Forum -> le cartel des traders -> Les Dossiers qui font débat
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
€goldster


Hors ligne

Messages: 1 398
Localisation: Suisse

MessagePosté le: Ven 18 Nov - 21:10 (2011)    Sujet du message: L'or des nazis Répondre en citant

L'or des nazis



 
 
 
L'exode de l'or européen
Le transit de l'or allemand par la Suisse
Ce que disent les archives jusqu'en 1943
Affaires et trafic
Quelques chiffres
La plaque tournante
Les coffres suisses
Exemple de transactions
Le rôle des autres Banques Centrales 





L'exode de l'or européen

Les banques centrales européennes avaient mis en sécurité la plus grande part de leurs réserves d’or bien avant le début de la guerre. Les coffres étaient vides ou ne contenaient plus que le minimum de lingots et de pièces nécessaires aux transactions courantes. Dans son «Rapport annuel 1941 », la Banque des Règlements Internationaux de Bâle (BRI), qui dispose apparemment d’un excellent réseau de renseignements, dévoile les dimensions qu’a prises l’exode de l’or. 
 
 
Durant la seule année 1940, plus de 21 milliards de francs suisses ont gagné les Etats-Unis sous forme d’or — vingt fois le trésor belge caché en Afrique! Plus de 13 milliards de cet or appartenaient à des banques centrales étrangères ou à des gouvernements. 
 
 
Des choses invraisemblables arrivèrent: même durant les mois chauds de mai à juillet 1940, 9,3 milliards d’or prirent le chemin de Washington, durant les campagnes victorieuses des Allemands aux Pays-Bas, en Belgique, au Luxembourg et en France, qui toutefois laissèrent vides les caisses de la Reichsbank à Berlin. 
 
 
Et sur ce marché européen relativement exsangue apparaissent soudain des dizaines de milliers de lingots prétendument allemands, qui, on pouvait s’en douter dans les milieux proches des banques centrales, n’existaient pas à Berlin au début de la guerre. Est-il imaginable que l’origine de ces lingots soit restée cachée à la Banque nationale suisse? 
 
 
Cette question en contient une autre: était-il possible de camoufler si efficacement en or allemand l’or provenant du Trésor belge ? Est-il imaginable que même les spécialistes de renommée internationale s’y soient laissé prendre?  
 
 
Examinons les dossiers diplomatiques de la Confédération aux Archives fédérales et les archives de la Banque nationale suisse.  
 
 
Un tissu de contradictions! En septembre 1943, Ernst Weber, président de la Direction genérale de la Banque nationale suisse, écrit qu’il n’est pas possible « de déterminer l’origine de l’or qui nous est livré». Et aussi: «Nous n’avons pas la moindre idée... ». 
 
 
Le Département politique fédéral, en mai 1944, s’exprime dans le même sens, et une nouvelle fois en février 1945: il est difficile, voire impossible, de tirer au clair l’origine des lingots; les lingots prétendument refondus ne portent aucune marque d’origine. 
 
 
Dans un écrit de la Banque nationale par contre, daté d’août 1944, il est question du «poinçon des lingots» qui semblerait montrer qu’il s’agit d’or provenant de réserves allemandes d’avant­guerre. Plus tard, en juin 1946, Alfred Hirs, directeur général de la Banque nationale, déclara finalement que l’or de la Reichsbank avait été livré avec de faux certificats. 
 
 
Des contradictions? Certes, mais le raffinement du camouflage consistait précisément dans le trouble qu’il suscitait. 
 
 
Des lingots sans poinçon ou au poinçon falsifié, des lingots sans certificat ou au certificat falsifié, des lingots portant des (faux) numéros d’avant-guerre, des lingots avec ou sans bulletin de livraison anciens collés qui portent à leur tour de fausses dates, tout cela s’est produit. Qui dès lors pouvait s’y reconnaître? 
 
 
Et ce fin tissu d’un camouflage plein de contradictions internes était entre les mains, de surcroît, d’un homme qui s’y connaissait: Emil Puhl, vice-président de la Reichsbank, l’un des deux directeurs que Hitler avait laissés en fonction en janvier 1939. Puhl était un hôte assidu et apprécié de Berne et de Zurich. Et il ne manquait aucune occasion de conforter les directeurs de la Banque nationale dans leur tranquille pour ne pas dire naïve candeur, qu’un doute peut-être rongeait tout de même parfois. Il répétait souvent, et toujours sous une autre forme, le même discours. 
 
 
En août1944, il assura à ses collègues helvétiques que l’or de la Reichsbank provenait naturellement exclusivement d’anciennes réserves allemandes. En septembre de la même année, il déclara que la Reichsbank ne possédait pas d’or volé et n’en avait jamais cédé de tel à la Banque nationale. En décembre, il fit savoir «confidentiellement» au directeur général Alfred Hirs que «l’or reçu en son temps de la Belgique, respectivement de la France, avait été utilisé séparément» et que sa contre-valeur avait été mise à la disposition de la Banque nationale belge. «L’or belge est toujours à Berlin, intact», affirma-t-il en une autre occasion au président de la Banque nationale, Ernst Weber. 
 
 
Puhl paraît avoir réussi à gagner pleinement la confiance de ses collègues suisses et à en tirer profit pour les intérêts allemands. Des années après la guerre encore, Weber et Hirs rappelaient volontiers qu’ils avaient eu des années durant de bonnes relations avec lui. Il leur était toujours apparu, déclarèrent-ils, sous les traits d’un homme convenable, digne de confiance, et qu’on ne juge pas capable de mentir. Manifestement, ces messieurs se sont fort bien entendus toutes ces années durant. Si bien que le président Weber aurait demandé un jour en plaisantant à Monsieur Puhl (c’est le vice-président Rossy qui dit l’avoir entendu): «Vous ne nous envoyez tout de même pas de l’or volé ?!» 
 
 
Comment des hommes aussi considérés, en vue et hautement qualifiés que les directeurs de la Banque nationale suisse ont-ils pu se laisser mener en barque aussi facilement par Emil Puhl? Ont-ils succombé à son charme personnel ou à la force de persuasion de son apparence sérieuse? Y aurait-il eu des motifs politiques aussi? 
 
 

 
 
 
Le transit de l'or allemand par la Suisse 
 
 
Il y avait tout de même à Berne des hommes qui voyaient les choses avec justesse. Ils ne résidaient pas dans le bâtiment de la Banque nationale, mais dans les départements du gouvernement. Un document par exemple en fournit la preuve: c’est une recommandation adressée en mai 1940 au président de la Confédération Marcel Pilet-Golaz par le Département de l’économie publique qui suggère de lier un crédit à l’Allemagne (au sujet duquel on débattait à ce moment-là), si on ne parvenait pas à éviter d’y consentir, à des conditions constituant un obstacle radical pour l’Allemagne, comme par exemple, «un dépôt d’or». Une telle suggestion présuppose que les réserves d’or de la Reichsbank aient été correctement évaluées. 
 
 
La Banque nationale n’était probablement pas au courant. Elle avait l’habitude d’agir seule et de faire usage de l’autonomie qui lui était accordée. Comme on pouvait s’y attendre, elle faisait ses affaires de façon routinière et avec sa précision coutumière sans tenir compte de facteurs politiques qui, aux yeux de la direction, ne la concernaient pas. Pour cette raison, elle du endurer plus tard le reproche du gouvernement fédéral de n’avoir pas, des années durant, tenu les autorités politiques suffisamment au courant de son commerce d’or avec l’Allemagne. Pour la Suisse, pour son gouvernement et pour la Banque nationale, la situation changea quand les banques centrales étrangères commencèrent à se demander s’il était opportun et défendable d’accepter de la Reichsbank de l’or à l’origine pour le moins douteuse. N’était-ce pas risqué d’acheter de l’or prétendument allemand qu’on risquait, le cas échéant, de devoir rendre après la guerre à ses légitimes propriétaires? Un tel risque était-il payant? Une politique qui risquait d’aboutir à de lourdes pertes était-elle défendable à long terme? De telles inquiétudes gagnèrent du poids au fil du temps et conduisirent finalement à une situation où l’or «allemand» ne trouvait plus preneur. 
 
 
Plus l’enjeu montait pour l’Espagne et le Portugal, par exemple, moins on était disposé à accepter l’or allemand. Le seul tungstène si convoité par toutes les nations en guerre, subit en quinze mois une hausse de 1700%, et les risques commerciaux augmentaient en même temps que ces prix exorbitants, pas seulement les revenus. 
 
 
Il en résulta que sans concertation ni ordres donnés, le commerce d’or avec l’Allemagne fut bientôt bloqué. D’invisibles obstacles se dressaient qui faisaient barrage au fleuve d’or, l’endiguaient et menaçaient de l’interrompre. Cela a été confirmé ultérieurement par les Allemands, que ce développement mettait sérieusement en difficulté. Walther Funk, président de la Reichsbank, a utilisé à ce propos l’expression «d’embargo sur l’or» quand il a dû constater que la plupart des pays susceptibles de livrer des matières premières à l’Allemagne ne voulurent plus accepter d’or en paiement durant les années 1942-1943. La Suisse, déclara-t-il, était le seul pays où «d’importantes quantités d’or pouvaient encore être changées en devises», rendant les affaires possibles. 
 
 
Ce miracle qui se produisit justement dans un petit Etat alpin qu’on méprisait dans le Reich plus qu’on n’avait de sympathie pour lui, avait été possible grâce à l’intervention de la Banque nationale suisse au moment où l’Allemagne se trouvait dans une situation critique. 
 
 
Fin octobre 1942, le vice-président Paul Rossy rentrait d’un voyage d’affaires de quinze jours à Madrid et à Lisbonne. Dans les journées qui suivirent, il rédigea à l’intention de ses deux collègues directeurs un rapport confidentiel de trois pages au sujet de ses entretiens et négociations avec le secrétaire général de la Banco de Portugal, Albin Cabral Pessoa, ainsi qu’avec le vice-directeur de l’Instituto espanol de moneda extranjera, Vila Carriz. Au point 5, il note que le Portugal n’accepte plus d’or de la Reichsbank en paiement — «en partie pour des raisons politiques, sans doute aussi par prudence juridique», comme il l’écrit. Et il ajoute: «De telles objections tombent si l’or passe par nosmains. Nous devrions y réfléchir.» 
 
 
Cette idée de Rossy implique peut-être une bonne affaire pour sa banque, à coup sûr pour ces messieurs de la Reichsbank une solution inattendue et élégante de leur problème. Ils se tiraient d’affaire à bon compte si l’or allemand indésirable se changeait, en passant par Berne, en or suisse très recherché ou en francs suisses acceptés partout et à la valeur stable. 
 
 
Rien ne s’opposait à de telles affaires. On pouvait même à la rigueur les mettre en train discrètement, sans arrangements particuliers. On a dû constater avec satisfaction à Berlin que les importations allemandes de tungstène portugais étaient ainsi assurées jusqu’à nouvel avis. De fait, le Reich allemand jusqu’en 1944 pu importer de la presqu’île ibérique 63% du tungstène dont il avait besoin, en grande partie grâce à ses transactions d’or avec la Suisse. 
 
 
Pour la Suisse aussi, cet événement était d’une importance considérable. Discrètement et sans bruit, elle avait accédé définitivement à un quasi-monopole du marché de l’or européen si important sur le plan stratégique. 
 
 
Et il s’ensuivit simultanément qu’un facteur important des difficiles relations entre la Suisse et le Troisième Reich, le déséquilibre de la puissance politique, fut sensiblement modifié au profit du petit Etat. 
 
 

 
 
 
Ce que disent les archives jusqu'en 1943 
 
 
Ce qui est remarquable, dans le contexte de cette découverte,c’est la discrétion des documents.  
 
 
Comment ses collègues ont-ils réagi au rapport de Rossy ? Pas un mot à ce sujet dans les conférences directoriales. 
 
 
Quels arguments ont été échangés pour ou contre l’idée de Rossy ? Les procès-verbaux du Conseil et du Comité de banque ne disent mot à ce sujet. 
 
 
Quelles décisions a-t-on finalement prises et comment ? Là non plus, aucune indication, pas une note, pas une syllabe. 
 
 
Que s’est-il passé ? Quelles conclusions en tirer ? L’idée de Rossy engendre quelques énigmes. 
 
 
Il est possible qu’elle ait rencontré l’assentiment de ses collègues mais qu’elle ait, dès le début et à jamais, été tenue à l’écart des rapports et documents de la banque. 
 
 
Cela ne serait pas si inhabituel. La règle voulait qu’on se montre extrêmement retenu dans tout ce qui était écrit. Cela expliquerait qu’il n’y ait plus rien aujourd’hui à quoi se raccrocher pour se faire une idée de la manière dont les opinions se formaient dans le cercle étroit des trois hommes, le président et ses deux collègues, qui prenaient leurs décisions dans un étrange isolement. 
 
 
Il leur appartenait en effet de confier ou non aux procès-verbaux de leurs sessions hebdomadaires ce qu’ils souhaitaient rendre public ou préféraient taire. Ce qui échappait à ce document échappait aussi aux dix membres du Comité de banque et aux quarante du Conseil de banque, sans parler de l’assemblée des actionnaires ou de l’opinion publique. Il est probable que cela n’a guère changé. 
 
 
Y a-t-il une autre explication plausible à la discrétion des archives de la banque? 
 
 
Dans son exposé, Rossy consacre en tout et pour tout six lignes sur plus de cent à son idée, une idée de prestidigitateur: transformer de l’or allemand en or suisse. Et ce petit alinéa lourd de poids politique se perd dans une foule d’informations techniques sans importance politique aucune. Ce que Rossy proposait à titre indicatif à ses collègues pouvait passer pour une affaire tout à fait ordinaire, «business as usual», une affaire comme n’importe quelle autre, qu’on fait sans en discuter. Pourquoi perdre du temps à noter ce qui va de soi? Business as usual. Cette expression lapidaire, mieux qu’aucune autre, caractérise l’activité de la Banque nationale suisse pendant la plus grande partie de la guerre. Et ce n’est certes pas un hasard si les autorités politiques non plus, des années durant, n’imaginent rien d’autre ni n’attendent rien d’autre d’elle, tant qu’aucune voix critique ne s’élève à l’étranger du côté des Alliés. 
 
 
Ainsi, durant les trois premières années de la guerre, Hitler s’empare d’un pouvoir discrétionnaire sur la plus grande partie du continent européen, prend pied en Afrique même, sans que rien ne bouge, s’agissant de cette plaque tournante de l’or qu’est devenue la Suisse, jusqu’en été 1942, et ce ne sont alors que des messages assez rudes d’émetteurs anglais qui croient savoir qu’un marché actif s’est développé avec de «l’or illégalement acquis». Pendant ce temps, le transit de l’or par la Suisse, si fructueux pour l’Allemagne, ne fait que prendre son essor. 
 
 
Au début de 1943, quand les Alliés se décident enfin à rédiger une déclaration commune qui ne comporte d’abord qu’un avertissement général tenu dans un langage juridique abscons où ne figure même pas le mot or, 756millions de francs suisses d’or «allemand» ont déjà pris le chemin de la Suisse, parmi eux de l’or «pillé» belge pour une valeur de 411 millions de francs suisses. 
 
 
Longtemps, à Berne, on ne perçut pas l’importance politique de ces transactions. Quand il est question de politique helvétique de l’or dans les documents conservés à la Banque nationale il s’agit presque exclusivement de questions monétaires et conjoncturelles. On ne s’inquiétait pas de répercussions en politique étrangère. Il n’est pas surprenant, dès lors, que ni les cartons des Archives fédérales ni ceux des archives de la Banque nationale ne contiennent jusqu’au début de 1943 aucun échange de courrier digne d’être mentionné et qui traiterait de cette problématique qu’annonçait pourtant, tel un orage qui s’approche l’écho d’un tonnerre lointain. 
 
 
Les choses allaient changer. 
 
 

 
 
 
Affaires et trafic 
 
 
La fièvre d’or épidémique qui s’étendit par-delà toutes les frontières du continent européen, où qu’elle éclatât, mettait immanquablement en jeu la Suisse. Une note confidentielle de l’ambassadeur suisse à Bucarest, adressée le 12 octobre 1942 au Département fédéral des affaires étrangères montre bien ce qu’il faut entendre par là. A cette époque, les banques suisses avaient été priées par circulaire de restreindre les ventes d’or aux étrangers et de ne plus exporter d’or suisse. On espérait ainsi, à Berne, limiter les transactions à caractère spéculatif. Voilà à quoi faisait allusion l’ambassadeur à Bucarest. Le diplomate relatait que les mouvements d’or de la Suisse vers la Roumanie ne diminuaient pas, mais avaient pris au cours des derniers temps «de plus grandes proportions encore». Il faisait savoir qu’il s’agissait moins d’affaires privées que de discrètes transactions conduites principalement par des services diplomatiques étrangers. 
 
 
«Ce sont surtout, dit-il, les ambassades turque, espagnole et italienne de Bucarest qui envoient presque chaque mois un de leurs employés de rang diplomatique en Suisse pour y acheter à chaque fois jusqu’à 100 000 francs d’or et l’amener ici. Actuellement par exemple, l’ambassadeur italien en Roumanie, Monsieur Renato Bova Scoppa, ainsi que l’attaché militaire turc séjournent en Suisse à cet effet 
 
 
"L’or acheté en Suisse en toute légalité est paraît-il transporté ensuite par les courriers italiens, allemands et finlandais, sous forme de fret aérien déclaré bagage diplomatique vers sa destination définitive. Il s’agirait de millions. " 
 
 
Il est probable qu’une partie de l’or vendu d’abord par la Reichsbank à la Suisse a été récupérée par cet incessant travail de fourmi pour servir à d’obscures causes. La plaque tournante de ces opérations là était toujours la Suisse. 
 
 
D’autres transactions incontrôlables fleurissaient qui rapportaient gros. On a découvert, par exemple, un trafic organisé de pièces d’or à destination de l’Italie, où les pièces acquises en Suisse étaient vendues au marché noir à des prix fort élevés contre des lires qui, toujours en contrebande, regagnaient la Suisse où, en vue de nouveaux achats de pièces d’or, elles étaient changées en francs suisses. Une partie des pièces d’or entrées illégalement en Italie servait aussi au paiement de produits de contrebande appréciés en Suisse, tels la soie italienne ou le riz. 
 
 
D’autres affaires qui se présentaient sur le marché suisse des changes auraient été tout aussi lucratives, des affaires qui profitaient du besoin insatiable des Allemands en devises portugaises destinées à payer leurs importations de tungstène. On pouvait acquérir en Suisse des traites en dollars avec un escompte de 40%, on pouvait les vendre au Portugal avec un escompte de 32% seulement. Que ces traites puissent en outre être négociées contre des escudos rachetés très cher en Allemagne, voilà qui faisait le charme particulier de cette affaire. 
 
 
A la fin, les autorités suisses durent se résoudre à entreprendre quelque chose contre cette situation chaotique. Elles le firent, elles intervinrent. Il s’agissait avant tout de soumettre à un certain contrôle les transactions portant sur l’or des quatre cents banques et sociétés financières suisses et étrangères. Ces banques et ces sociétés, qui agissaient sous la protection d’un secret bancaire strictement appliqué, disposaient au début de la guerre d’un capital global de plus de deux milliards de francs et portaient 20 milliards à leur bilan. Combien d’or y avait-il dans leurs coffres, combien en achetaient et en vendaient-elles? Il n’a pas été possible, et il reste impossible d’obtenir une vraie réponse à cette question. Et le contrôle instauré en décembre 1942 par le gouvernement fédéral n’y changea rien non plus, même s’il était bienvenu pour des raisons de politique monétaire. Tout mouvement d’or par-delà la frontière suisse nécessitait désormais une autorisation expresse de la Banque nationale. 
 
 
Un des aspects de la situation au moins changea dès lors: les transactions internationales portant sur l’or laissaient une trace dans les comptes de la Banque nationale si elles passaient par la Suisse. Des traces qui nous intéressent aujourd’hui. 
 
 

 
 
 
Quelques chiffres 
 
 
La décision gouvernementale qui institua le contrôle par la Banque nationale de toutes les importations et exportations d’or et qui cherchait à saisir par la racine l’ensemble des affaires pour qui la Suisse servait de plaque tournante, cette décision fut certes utile, mais elle ne parvint pas à influencer le mécanisme des transactions. 
 
 
Une chose était cependant possible désormais: on pouvait, si on le voulait, contrôler assez précisément les quantités d’or de la Reichsbank qui parvenaient en Suisse. Les services chargés de la politique étrangère disposaient pour cela de deux sources distinctes qui se complétaient: les statistiques annuelles de la Direction générale des douanes qui n’étaient pas publiées durant la guerre, ainsi que les compte rendus de la Banque nationale sur les mouvements quotidiens de l’or — des chiffres secs mais fascinants dont l'étude de Werner Rings profite également. 
 
 
Ajoutons cependant d’emblée qu’aujourd’hui encore il faut des recherches compliquées pour arriver à faire concorder les indications provenant des diverses sources et établir ainsi une vue d’ensemble cohérente. Tout particulièrement en ce qui concerne l’or «pillé» néerlandais, s’y ajoutent certaines découvertes de l’après-guerre. 
 
 
Au fait: la valeur de l’or importé d’Allemagne durant les années de guerre est indiquée par 1 640 404 000 francs suisses exactement dans les documents politiques mentionnés et par 1716,1 millions dans les statistiques confidentielles de la Direction générale des douanes. 
 
 
Durant la première année de la guerre, il n’entre qu’un filet d’or, mais ensuite le fleuve enfle vite. Entre 1940 et 1941 l’importation croît au centuple pour atteindre 474,6 millions de francs suisses en 1942, et le sommet absolu de 589,1 millions en 1943, année charnière de la guerre. Durant l’année où les Alliés envahirent la forteresse européenne, elle retombe rapidement pour se tarir à 36,3 millions en 1945.  
 
 
Que disent les documents au sujet de l’origine de cet or? Trop peu de chose. Mais en les complétant par des informations de sources belge, allemande et française, on obtient un tableau assez complet. 
 
 
L’or africain belge ne fut pas disponible à Berlin avant la fin de l’année 1942. Expropriation, camouflage, falsification prirent du temps. Les premières livraisons de cet or n’arrivèrent à la Banque nationale qu’au début de 1943; mais elles atteignirent rapidement, au cours des années 1943-1944, une valeur de plus d’un demi-milliard de francs suisses. Durant les premières années, maigres encore pour l’Allemagne, Berlin est réduite à d’autres sources d’or. C’est le butin des commandos de protection des devises qui est exploité. Enfin, les lingots et les pièces de provenance hollandaise permettent de combler la lacune. 
 
 
Des chiffres froids, certes, mais ils sont éloquents. Ils montrent que deux tiers de l’or vendu à la Suisse pendant la guerre avaient été illégalement acquis: un tiers au détriment de chacune des banques centrales de Belgique et des Pays-Bas, un milliard d’or en tout. 
 
 

 
 
 
La plaque tournante 
 
 
La Banque nationale fit office de plaque tournante de deux manières distinctes. 
 
 
De manière active en achetant et en vendant de l’or au titre de «banque des banques» à un cours fixé pour des années, afin de remplir les tâches de régulation monétaire et des prix qui lui étaient dévolues. 
 
 
De manière passive en fonctionnant comme centre collecteur et simple gérant de dépôts d’or faits auprès d’elle par des banques centrales étrangères et par une banque internationale. Les dépôts des banques étrangères se situaient dans une des chambres fortes souterraines situées au-dessous du bâtiment de la Banque nationale au centre de Berne, la capitale fédérale, près du Palais fédéral, inaccessibles pour des tiers. 
 
 
Quand la guerre éclate, quatre banques centrales ont déjà un dépôt ici: l’italienne depuis 1936, les roumaine, yougoslave et hongroise depuis 1938, une année d’insécurité et de crise survenue à la suite de l’«Anschluss» de l’Autriche. Tous les autres dépôts, quatorze en tout, ne furent constitués que pendant la guerre. 
 
 
Le 8 mai 1940, comme nous l’avons déjà dit, la Reichsbank allemande fait ouvrir un dépôt en son nom à Berne. Dans le courant de l’année 1941, l’extension de la guerre à l’Union soviétique et la suprématie permanente des armes allemandes ayant éveillé dans certaines capitales de nouveaux espoirs et de nouvelles craintes, cinq autres pays s’y joignirent: les Pays-Bas et la Suède en janvier, le régime de Vichy, la Slovaquie et le Portugal en juin. En mars 1942 et en mai 1944 finalement, l’Espagne et la Croatie constituèrent des dépôts d’or. Un dépôt plus ancien appartenait à la Banque des Règlements Internationaux dont le siège central était toujours à Bâle. 
 
 
Les chambres fortes où était stocké cet or furent, on peut le dire sans exagération, le centre du plus important trafic d’or de la Seconde Guerre mondiale. Dans ces profondeurs discrètes, d’importantes opérations pouvaient se dérouler sans même que les lingots ou les pièces aient à quitter la pièce. On transférait l’or d’un dépôt dans un autre, et les livraisons de matières premières d’un lointain pays à un autre pays lointain étaient payées. Si l’on ne considère que trois des quatorze dépôts (ceux de l’Allemagne, du Portugal et de la Suède), de l’or pour plus de 1,9 milliard de francs suisses de l’époque a transité entre eux durant la guerre selon les estimations de Werner Rings. 
 
 
Qu’on se représente l’endroit: un rectangle allongé de 120 mètres carrés environ, plutôt bien éclairé pour les normes de l’époque. Au centre, dans l’axe longitudinal et le long des parois, des alignements d’armoires d’acier fermées par des grillages de fil d’acier qui leur donnaient l’air de cages. A travers les grillages, on pouvait parfaitement voir les lingots stockés. 
 
 
94 armoires en numérotation continue. Des armoires? Elles ressemblaient plutôt à des bibliothèques aux rayons en acier protégés par du treillis. Leur profondeur n’était que de 20 à 25 centimètres, la largeur d’un livre. Elles allaient jusqu’au plafond. 
 
 
La quantité d’or qu’il était possible de stocker dans cette pièce relativement petite, et la valeur que cela pouvait représenter, dépasse l’imagination la plus fertile: 5 rayons par armoire, 84 lingots sur chaque rayon, empilés les uns à côté des autres, cela faisait en tout de la place pour plus de 39 000 lingots de 12 kilos et demi chacun, soit 487 000 kilos d’or d’une valeur de près de 2,4 milliards de francs suisses. Malgré cela, il restait encore de la place dans ces armoires pour caser les anodins petits sacs qui contenaient d’ordinaire mille pièces d’or chacun. 
 
 
Les portes des armoires étaient munies de cadenas et plombées. Les plombs portaient le poinçon «Revision». Chaque porte était munie d’une étiquette qui mentionnait des informations utiles: l’abréviation du nom de la banque centrale propriétaire du dépôt, la nationalité de la banque ainsi que le nombre des lingots casés dans l’armoire. Enfin les numéros des listes des lingots conservés dans une autre pièce. Les listes portaient le numéro du poinçon de chaque lingot. 
 
 
Cette installation permettait un camouflage supplémentaire qu’on ne pouvait qu’apprécier à Berlin. Le procédé était très simple. Seule une partie infime du 1,7 milliard d’or livré en Suisse par les Allemands fut achetée directement par la Banque nationale. Le reste passait par le dépôt de la Reichsbank dans la chambre forte bernoise qui vient d’être décrite. 
 
 
C’est par là que la plupart des envois d’or en provenance de Berlin entraient pour être déposés, sur ordre de Berlin, dans d’autres casiers ou, ce qui arrivait aussi, servir immédiatement de paiement d’importations allemandes. 
 
 
Et c’est là aussi qu’étaient prises en charge les quantités considérables d’or que la Banque nationale achetait à la Reichsbank et qu’il suffisait de transférer dans ses propres armoires tout à côté. 
 
 
Cette méthode qui découlait tout naturellement de la disposition des lieux avait le double avantage pour Berlin que d’importantes transactions portant sur l’or livré par l’Allemagne pouvaient se dérouler en toute tranquillité à Berne et que le mouvement de l’or dans la chambre forte n’apparaissait pratiquement pas à l’extérieur. 
 
 
La Suisse par contre devait subir un inconvénient qui allait lui créer quelques ennuis après la guerre. Les Alliés allaient immanquablement la soupçonner d’avoir fait bien plus d’affaires portant sur l’or avec le Troisième Reich qu’elle n’en avait fait en réalité. On ne pouvait s’expliquer autrement, à Londres et à Washington, les transports d’or réguliers qui des années durant ont eu lieu à intervalles particulièrement courts entre Berlin et Berne, et qu’on ne pouvait évidemment tenir secrets. 
 
 
Tout cela ne fut possible en réalité que parce que le dépôt d’or bernois de la Reichsbank allemande, le plus important de tous, reçut et transmit des milliers de lingots pendant la guerre. 24 460 lingots pour être précis. 
 
 
De l’or pour plus de 400 millions de francs suisses quitta ce dépôt pour gagner ceux du Portugal, de la Suède et de la Roumanie. La Banque nationale suisse, le meilleur client de la Reichsbank allemande, a acheté et reçu pour son propre compte pour plus de 1,2 milliards de francs suisses d’or de ce dépôt.   

 
 
 
Les coffres suisses 
 
 
Il faut se souvenir des changements intervenus depuis la fin de la guerre. Celui qui entre aujourd’hui dans le bâtiment principal de la Banque nationale suisse et pénètre dans ces locaux loin d’être accessibles à tout un chacun ne s’étonne pas des mesures de sécurité devenues usuelles depuis longtemps: surveillance vidéo, protection électronique des accès et de certains passages. Pour ouvrir une porte, il ne suffit pas d’avoir la clé de sécurité correspondante: un appareil électronique contrôle la carte d’identité, munie d’une photographie de l’employé compétent, ainsi qu’un code secret formé de chiffres et de lettres qu’il doit «composer» avant que la clé ne puisse ouvrir la serrure. Des portes à tourniquet massives, commandées électroniquement, ne laissent au visiteur que la place nécessaire pour avancer à grand-peine. Des caméras vidéo le surveillent. Sortir d’ici doit être encore plus difficile pour un visiteur indésirable que d’y entrer. 
 
 
Voilà qui n’existait pas à l’époque. Le transistor n’était pas connu, les miracles de la microélectronique restaient un rêve utopique. On affrontait d’éventuels dangers par les moyens traditionnels d’une solide surveillance physique. Au début de l’offensive allemande, le 10 mai 1940, quand le commandement militaire suisse du envisager que la Suisse pourrait être impliquée dans les combats, l’armée prit en charge la surveillance des bâtiments de la Banque nationale, et cela jusqu’à la fin de la guerre. 
 
 
La Banque nationale avait réparti ses propres réserves d’or, dans la mesure où elles étaient encore en Suisse, dans des chambres fortes situées à Berne, Lucerne et Zurich ainsi que dans un lieu situé au coeur du réduit alpin. Les dépôts d’or des quatorze banques centrales étrangères par contre restèrent concentrés à Berne. La chambre forte spéciale, aux 94 armoires semblables à des cages, leur était réservée. 
 
 
Les quatorze dépôts étaient différents quant au mouvement de l’or qui s’y trouvait. Certains étaient morts, d’autres paralysés, d’autres indolents, mais il y en avait aussi d’actifs, voire de fébriles. Deux des dépôts portent la mention «bloqué» sur les documents qui les concernent. Ce sont ceux des banques centrales des Pays-Bas et de Croatie. Ils étaient «morts», ne se modifiaient pas. 
 
 
Deux dépôts «paralysés», le grec et le yougoslave, ne contenaient que des quantités d’or relativement insignifiantes. Ils connurent peu de mouvement. 
 
 
Des quatre dépôts «indolents» établis par les banques centrales de Slovaquie, d’Espagne et de Hongrie, il fut fait peu d’usage, en comparaison d’autre dépôts plus actifs. Le dépôt du régime de Vichy connut davantage de mouvement. 
 
 
Au premier plan, il y avait incontestablement cinq dépôts «actifs». Quatre d’entre eux appartenaient aux banques centrales du Portugal, de la Roumanie, de la Suède et à la Banque des Règlements Internationaux, le cinquième, d’une activité «fébrile», était propriété de la Reichsbank allemande. 
 
 
Cette classification donne déjà quelques indications, mais pour se faire une idée précise de ce qui se passait dans la chambre forte réservée aux dépôts étrangers, il est nécessaire d’apporter un complément indispensable. Ce n’est pas la seule quantité d’or stockée dans chaque dépôt qui est déterminante pour son importance, mais surtout le volume du mouvement de l’or, en d’autres termes: combien d’or entre, est transféré dans d’autres dépôts ou sort à nouveau de la chambre forte. 
 
 
C’est par exemple le dépôt portugais qui contenait de loin le plus d’or entre 1941 et le milieu de 1943. Ensuite, et jusqu’à la fin de la guerre, la Suède prit et conserva la première place dans ce domaine. Le dépôt allemand, à cet égard, figure généralement en troisième ou en quatrième position. 
 
 
Néanmoins, et sans aucun doute, le dépôt allemand fut durant toute la guerre de loin le plus important. L’or qui arrivait ici ne restait jamais longtemps en place. La plus grande partie était rapidement retirée pour être transférée dans un autre dépôt ou cédée directement à une autre banque centrale. Le trafic d’or qui passait par le dépôt de la Reichsbank allemande était énorme. 
 
 
Plus énorme encore était évidemment la somme de toutes les transactions entreprises dans cette pièce. Elle offre dans l’ensemble la même image: jamais la quantité totale d'or stockée simultanément dans les 94 armoires ne dépassa le sommet atteint fin juin 1943: de l’or pour 730,5millions de francs suisses. 
 
 
Mais les mouvements de l’or avaient de toutes autres proportions encore. Ils semblent s’être montés pour l’ensemble de la guerre à plus de 3,5 milliards de francs suisses — plus de 20 milliards au prix moyen de l’or en 1984.   

 
 
 
Exemple de transactions 
 
 
Les dépôts souterrains de Berne peuvent êtrecomparés à des écluses ouvertes et fermées, laissant ou non s’écouler l’or qui y était entré, en fonction des circonstances. 
 
 
L’écluse allemande fut ouverte 110 fois pour laisser entrer 24 460 lingots d’or; elle fut ouverte 225 fois pour en laisser sortir presque autant. Cette seule écluse fut donc ouverte et refermée au moins 335 fois durant les 59 mois de guerre qui se sont écoulés depuis sa mise en service en mai 1940. Il est difficile de se représenter comment les choses se sont déroulées. Voici trois exemples tirés de la réalité. 
 
 
Décembre 1941. Trois envois d’or arrivent de Berlin le 4. Il s’agit de 793 lingots. Ils sont comptés, enregistrés et testés avant que les scellés soient enlevés de la porte en fil d’acier du dépôt allemand, que la serrure soit ouverte et que les lingots, qui pèsent 9560 kilos, soient empilés l’un après l’autre. 
 
 
Des contrôleurs font des prélèvements: ils pèsent des lingots pris au hasard et comparent leur résultat avec le poids indiqué sur le certificat d’accompagnement. Sur d’autres lingots, on prélève des échantillons d’or pour vérifier le titre. Le poids du lingot modifié par le prélèvement est enregistré à son tour. Puis on fait la liste des numéros des 793 lingots. On adapte l’étiquette des armoires. On referme la porte et on pose les scellés. Finalement les contrôleurs remettent les nouvelles listes et les clés de la chambre forte au caissier principal. 
 
 
Deux jours plus tard, le 6 décembre, l’armoire-dépôt de la Reichsbank est de nouveau ouverte. 254 lingots en sont retirés, achetés par la Banque nationale. Ils quittent la chambre forte internationale pour une pièce attenante où est stockée une partie des réserves propres de la Banque nationale. Quatre jours plus tard, le 10 décembre, nouvel arrivage de Berlin: 460 lingots, 5606 kilos d’or qui seront comme de coutume comptés, pesés, testés, enregistrés et stockés. 
 
 
Les 16 et 30, on rouvre le dépôt. 251 lingots en sont retirés, puis 162. Soit 413 lingots qui prennent le chemin des réserves de la Banque nationale. Même au cours de ce mois de fêtes et de repos, l’écluse allemande s’est donc ouverte sept fois pour faire passer 1920 lingots, c’est-à-dire 23 166 kilos d’or. Et les choses se poursuivent ainsi, semaine après semaine, mois après mois. 
 
 
Mars 1942. Selon les statistiques de la Banque nationale, 672 lingots arrivent de Berlin le 4 mars et ce même jour la Banque nationale achète et prélève du dépôt allemand 254 lingots. 
 
 
Le 20, 20 lingots partent pour une adresse à Zurich, le jour suivant, la Banque nationale prélève 255 nouveaux lingots du dépôt allemand. Le 25, 654 lingots arrivent de Berlin et le 31 la Banque nationale en reprend 246. Six opérations, 2092 lingots en un mois, testés et enregistrés comme toujours. Chaque lingot manipulé pèse en moyenne 12,5 kilos. Puis vient l’époque où le fleuve d’or passe simultanément par diverses écluses. 
 
 
Juillet 1943. Onze transactions. 248 lingots sont emportés le 1er pour le compte de la Banque nationale; le 2 et le 5 juillet, 147 lingots sont transférés du dépôt allemand au dépôt portugais. 486 nouveaux lingots arrivent de Berlin le 7, et 81 lingots quittent le dépôt allemand pour le Portugal le 10... 
 
 
Parfois le travail est entravé. Le couloir entre les armoires est étroit. Les chariots sur lesquels on transporte lingots et sacs de pièces ne peuvent passer quand l’une des 94 portes est ouverte ou si un fonctionnaire occupé à empiler des lingots sur le rayon supérieur barre le chemin de son échelle. 
 
 
Le 14 juillet 1943, l’écluse allemande fonctionne trois fois: 42 lingots sont transférés au dépôt suédois, 83 au portugais, la Banque nationale en acquiert 240. 
 
 
Le 23, 685 lingots arrivent de Berlin, dont 41 prennent le chemin du dépôt portugais. 
 
 
Le 28, finalement, nous sommes toujours en juillet. 40 lingots «allemands» sont transférés au dépôt suédois. 
 
 
L’activité va croître encore, au fil du temps. dans la chambre forte internationale. Dans le courant de l’année, les dépôts roumain et hongrois vont aussi devenir actifs.   

 
 
 
Le rôle des autres Banques Centrales 
 
 
Les lingots de la chambre forte internationale, comme on l’a dit, pesaient 12,5 kilos et devaient être déplacés à la main, 100 000 manipulations en tout, probablement. Il y avait assez d’occupations. Personne n’aurait eu l’idée d’en chercher d’autres. 
 
 
Y en avait-il parmi ces lingots qui avaient été refondus? Une question sans intérêt, tant qu’elle n’était pas expressément posée. Et il s’en fallait de beaucoup qu’on en soit là. S’ajoute le fait que personne, hormis les initiés, ne pouvait se douter de la manière dont de l’or allemand se transformait ici en or suisse en quelques instants. 
 
 
La Banque nationale a donc prélevé du dépôt de la Reichsbank pour 1,2 milliard de francs suisses d’or. Mais tout l’or ainsi acquis ne quittait pas la chambre forte internationale. Deux tiers furent transférés vers d’autres dépôts: plus d’un demi-milliard dans celui de la Banque centrale portugaise, le reste dans les armoires de la Suède, de la Roumanie et de l’Espagne. 
 
 
Dans les comptes de la Banque nationale, cette procédure apparaît ainsi: la Banque nationale vend tant d’or à telle banque. Le passé et l’origine de cet or étaient effacés. Les banques centrales étrangères pouvaient le prouver en tout temps: elles avaient acquis de l’or suisse. Elles n’étaient pas tenues de savoir ce que, en réalité, elles pourraient bien avoir su: que la Reichsbank leur avait cédé déjà la moitié de l’or avant que, d’un coup de baguette magique, il devienne suisse et sans reproche; voilà du moins ce qui ressort des documents bernois. Elles étaient en tout cas débarrassées du risque que représentait l’or «allemand». 
 
 
Comment les dirigeants, à Berne, voyaient-ils ces affaires? 
 
 
Comment se justifiaient-elles à leurs yeux? 
 
 
Des documents officiels de l’époque répondent avec une précision remarquable à ces questions. Dans un télégramme du Département fédéral des affaires étrangères à l’ambassade suisse de Washington on peut lire, en avril 1942: 
 
 
«Si l’Allemagne vend de l’or à la Suisse, c’est parce qu’elle a besoin de francs suisses pour ses paiements à des pays tiers 
 
 
Dans le même télégramme, on ajoute:  
 
 
«Nous achetons de l’or allemand et le vendons à des pays qui ont reçu de l’Allemagne des francs suisses ». 
 
 
Dans une note interministérielle de février 1945, le rôle des dépôts d’or est défini de façon plus détaillée et précise: 
 
 
«La plupart des banques étrangères entretiennent auprès de la Banque Nationale des dépôts d’or parfois considérables. Tel est le cas, par exemple, de l’Espagne, du Portugal, de la Suède, etc. Ces Pays, confiants dans la stabilité de nos institutions, se font verser en Suisse les montants d’or que l’Allemagne leur cède en contrepartie de leurs livraisons.» 
 
 
Le diplomate suisse Robert Kohli, lié par ses fonctions aux transactions d’or, s’exprimera peu après la guerre de façon tout aussi claire au sujet de ces affaires triangulaires. Il cite les mots du vice-président de la Banque nationale, Rossy:  
 
 
«Au début les Alliés contestaient les transactions portant sur l’or faites par les banques privées. Par leur intermédiaire, l’Allemagne se procurait des escudos que pour des raisons politiques et sans doute par précaution juridique aussi la Banco de Portugal ne voulait pas leur céder directement. Dès que l’affaire se déroulait par l’intermédiaire d’une banque suisse, il n’y avait apparemment plus de réticences, bien que la Banco de Portugal su évidemment fort bien à qui étaient destinés les escudos. Les banques nationales de Suède et d’Espagne ont joué un jeu semblable ». 
 
 
Une note de la Banque nationale au responsable de la politique étrangère suisse datée d’août 1944 montre quels intérêts pouvaient parfois être enjeu: «Une partie de l’or livré par l’Allemagne ne reste parfois que peu de temps auprès de la Banque nationale car les instituts d’émission des Etats du sud-ouest et du sud-est européen échangent en cas de besoin leurs francs en or et rapatrient souvent cet or ».Et cela ne désignait pas que les lingots que Berne envoyait de toute façon à Madrid et à Lisbonne.  
 
 
Une note du Département des affaires étrangères datée de fin mai 1944 parle avec une sincérité surprenante de l’accord tacite apparemment naturel entre les banques centrales européennes. La note constate d’abord que les paiements allemands à la Suède s’effectuent généralement par de l’or à Berne «où les lingots sont poinçonnés à son chiffre. Il en est de même en ce qui concerne le Portugal.» 
 
 
Puis on peut lire: "Evidemment, ces choses-là sont ignorées du public et c’est ainsi que la Suède n’est pas mentionnée dans les articles de presse... au nombre des acheteurs d’or volé ou pillé! La Suisse lui sert, en somme, de paravent et de sauvegarde. (Il va sans dire que ces renseignements sont de caractère absolument confidentiel)." 
 
 
   
   
   
   
   
   
   

_________________
time is money and money is time


Revenir en haut
MSN Skype
Publicité





MessagePosté le: Ven 18 Nov - 21:10 (2011)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    le cartel des traders Index du Forum -> le cartel des traders -> Les Dossiers qui font débat Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  
Index | Creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Theme by Quentin H. ~ Alias Caly - 2009-2010 ©
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com