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:: Les frères Hunt et le grand "corner" sur l'argent métal ::

 
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€goldster


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MessagePosté le: Lun 16 Aoû - 18:50 (2010)    Sujet du message: Les frères Hunt et le grand "corner" sur l'argent métal Répondre en citant

Ces pétroliers texans richissimes tentèrent de faire main basse sur les stocks mondiaux d'argent. La manoeuvre échoua de peu, les laissant presque totalement ruinés.
PAR TRISTAN GASTON-BRETON (*)

Une véritable catastrophe ! Ce 27 mars 1980, Nelson Bunker Hunt et son frère William Herbert assistent, impuissants, à l'écroulement de leur empire spéculatif. Eux qui, en quelques années, étaient parvenus à accaparer près de la moitié des stocks d'argent disponibles dans le monde, suscitant une hausse vertigineuse des prix, ne peuvent empêcher les cours de s'effondrer. En une seule journée, le prix de l'once est divisé par deux, envoyant au tapis l'International Metal Investment Group, la société créée par les frères Hunt avec l'aide d'investisseurs du Moyen-Orient. Un coup d'arrêt brutal aux ambitions des deux Texans, orchestré de bout en bout par les autorités fédérales, Fed en tête. Pour Nelson Bunker et William Herbert, c'est, comme le dira un journaliste, " la fin de la récréation ".

· Humiliant, cet échec l'est d'autant plus pour les deux frères que, depuis leur plus jeune âge, ils ont vécu avec une idée fixe : qu'un riche n'est jamais assez riche ! Cette conception des choses, c'est leur père, Haroldson Lafayette Hunt, qui la leur a inculquée. Surprenant personnage que cet autodidacte devenu l'un des hommes les plus riches des Etats-Unis. Né en 1889 dans une famille prospère de l'Illinois, il a quitté le domicile de ses parents à quinze ans et multiplié les " petits boulots " : bûcheron, travailleur agricole, plongeur dans un restaurant, muletier, et même joueur de base-ball ! La mort de son père quand il avait vingt-deux ans lui a permis de récupérer quelques milliers de dollars. Avec ce pécule, il est parti dans l'Arkansas, où il a créé de toutes pièces une plantation de coton. Quasi ruiné par l'effondrement des cours provoqué par la Première Guerre mondiale, il a repris ses pérégrinations et s'est installé à El Dorado (Arkansas), où du pétrole venait d'être découvert. Se spécialisant dans la vente et le rachat de terres, il a très vite accumulé une confortable fortune qui lui a permis de se lancer lui aussi, et avec succès, dans l'exploration pétrolière. Propriétaire, à la fin des années 1920, d'une centaine de puits en Louisiane, dans l'Arkansas et dans l'Oklahoma, il a eu le flair de racheter le gigantesque gisement découvert en 1930 à Kilgore, non loin de Dallas, gisement auquel les grandes compagnies ne croyaient pas. Ce coup de génie a fait de lui l'un des principaux pétroliers indépendants des Etats-Unis et l'un des hommes les plus riches du pays. En 1940, ses revenus dépassent déjà le milliard de dollars. Des sommes systématiquement réinvesties dans d'autres entreprises. Car Hunt n'est pas seulement un riche pétrolier, à la tête de plusieurs compagnies indépendantes comme la Hunt Oil Company ou la Placid Oil Company. C'est aussi l'un des plus grands fermiers des Etats-Unis. Au milieu des années 1950, ses intérêts s'étendent sur cinq continents et vont du pétrole aux médicaments et à l'immobilier en passant par le coton, le bétail et le bois de construction ! Ses activités sont regroupées dans une myriade de sociétés implantées dans une vingtaine de pays et dont il possède personnellement 90 % des parts. Plus texan que les Texans eux-mêmes, cet homme marié trois fois - il flirta même un temps avec la bigamie ! - et à l'avarice légendaire a adopté tous les clichés de son Etat d'adoption : puritain à l'excès - ce qui ne l'empêche pas de s'adonner sans réserve à sa passion : le poker -, proche des milieux d'extrême droite, il finance des programmes de radio et de télévision qui dénoncent pêle-mêle les libéraux, les communistes, les programmes sociaux fédéraux, les impôts et les intellectuels. Au début des années 1960, il vouera une haine si forte au président Kennedy que certains iront jusqu'à le soupçonner d'être l'un des commanditaires de l'assassinat de Dallas. " Aussi riche que Crésus, aussi astucieux qu'un joueur de riverboat, aussi serré qu'une nouvelle paire de chaussures..., il pense que le communisme a commencé dans ce pays quand le gouvernement a pris en main la distribution de courrier. S'il avait plus de flair et d'imagination, s'il n'était pas essentiellement un péquenaud, il pourrait être l'un des hommes les plus dangereux en Amérique ", écrira de lui un journaliste.

· Tel est donc l'homme qui sert de modèle à Nelson Bunker Hunt et à son frère William Herbert. Né en 1926, Nelson Bunker n'a jamais mis les pieds à l'école, ou presque, contrairement à son frère cadet, qui a poussé jusqu'à l'université. Comme tous les enfants de Haroldson Lafayette Hunt - 15 au total -, les deux frères ont connu une vie dorée et totalement insouciante à Dallas, la ville d'élection de la famille. " Faites ce que vous voulez " n'a cessé de répéter leur père, trop accaparé par ses affaires pour s'occuper de ses rejetons. Profitant de l'immense fortune de leur géniteur, Nelson Bunker et William Herbert ont créé leur propre entreprise de forage pétrolier, la Penrod Drilling Company, avant de se voir donner par leur père l'un des morceaux du gigantesque empire Hunt : la Placid Oil Company. On est alors au début des années 1960 et la demande de pétrole bat son plein. Après un premier échec cinglant au Pakistan - qui leur a tout de même coûté la bagatelle de 11 millions de dollars -, Nelson Bunker et William Herbert se lancent à l'assaut des nouveaux gisements de la planète. Un pays les attire plus particulièrement : la Libye. Au milieu des années 1950, de grosses réserves d'or noir y ont été découvertes, entraînant une véritable ruée des grandes compagnies. L'une des " bêtes noires " de la famille Hunt s'y est notamment taillé une importante concession : Armand Hammer, un indépendant comme eux mais qui a le tort aux yeux de Haroldson Lafayette d'être un " communiste ". Ne le surnomme-t-on pas le " milliardaire rouge " en raison des innombrables connexions qu'il entretient en URSS ? Plus intéressés par les affaires que par la politique, les frères Hunt parviennent eux aussi à prendre pied en Libye. Au début des années 1970, leurs seuls intérêts dans ce pays sont estimés à plus de 7 milliards de dollars. Comme leur père avant eux, Nelson Bunker et William Herbert figurent parmi les hommes les plus riches des Etats-Unis.

· C'est alors que tout se met à aller de travers ! Il y a d'abord, en août 1970, la décision prise par le colonel Kadhafi, qui vient de renverser le roi Idris de Libye, d'augmenter de 20 % les royalties versées par les compagnies pétrolières sur chaque baril extrait. Les deux frères et leur père vieillissant - il mourra en 1974 - ont beau tempêter, rien n'y fait ! La famille est contrainte de passer sous les fourches Caudines du nouveau maître de la Libye. A la clef : des profits sensiblement réduits. Et ce n'est pas tout ! Au même moment, des tensions inflationnistes se font sentir un peu partout dans le monde qui contribuent à rogner un peu plus leurs marges. Ces tensions explosent littéralement après le premier choc pétrolier de 1973. Sans doute, les frères Hunt, en raison de la hausse brutale du prix du baril, regagnent-ils d'un côté ce qu'ils perdent de l'autre. A tout prendre, le bilan reste largement positif ! Mais, pour les deux Texans, et surtout pour Nelson Bunker, d'un naturel plutôt pessimiste, tout cela n'annonce rien de bon. Persuadés que la situation économique ne fera qu'empirer, que l'inflation atteindra des sommets et que les Etats-Unis, déjà affaiblis par la guerre du Vietnam, verront leur influence dans le monde décroître très vite, les deux frères estiment que le moment est venu de se mettre à l'abri et de se couvrir autant que faire se peut contre les turbulences économiques. D'où l'extraordinaire projet qu'ils décident de mettre en oeuvre à la fin de l'année 1973...

· Le projet ? Il s'agit de ramasser tout l'argent disponible qui existe sur la planète afin de se protéger contre l'inflation ! Nelson Bunker et William Herbert auraient préféré l'or, mais la législation américaine interdit aux particuliers de se porter acquéreurs de grosses quantités de métal jaune. Va donc pour l'argent, dont les stocks mondiaux sont alors de l'ordre de 500 millions d'onces (un peu plus de 15.000 tonnes). L'idée n'est pas aussi farfelue qu'elle le paraît au premier abord. En 1869 déjà, le milliardaire américain Jay Gould avait tenté de faire main basse sur l'or américain pour en faire grimper les cours, échouant à la dernière minute en raison de l'intervention du Trésor fédéral. Une histoire que les frères Hunt auraient dû méditer... Certains de réussir, les deux Texans commencent donc à acheter de l'argent sur les marchés mondiaux. Dans les premiers mois de l'année 1974, ils détiennent déjà 55 millions d'onces pour une valeur totale de 100 millions de dollars. Pour des raisons fiscales, ils décident de stocker l'essentiel de l'argent en Suisse. A cet effet, trois Boeing 707 sont loués qui font la navette entre New York et Zürich. Là, le métal précieux est chargé sur des camions blindés et acheminé jusqu'à six établissements bancaires tenus secrets. Etranges convois circulant la nuit et gardé par des dizaines d'hommes armés venus spécialement des Etats-Unis.

· Au milieu des années 1970, le bruit commence à courir que les frères Hunt ont entrepris de faire un " corner " sur le marché de l'argent. L'opération consiste à manipuler le marché dans le but d'obliger les vendeurs à liquider leurs positions et ce, à n'importe quel prix s'il le faut. De fait, à partir du milieu des années 1970, les frères Hunt commencent à accumuler les contrats sur l'argent afin de contraindre les vendeurs à leur céder leurs stocks. Comme s'il fallait s'y attendre, la manoeuvre entraîne une hausse rapide des cours de l'argent : alors qu'en 1973 il cotait 1,95 dollar l'once, il en vaut près de 4 au début de l'année 1975. Pour racheter le stock encore disponible sur le marché, Nelson Bunker et William Herbert doivent donc se préparer à dépenser près de 2 milliards de dollars. Une somme énorme, même si les deux Texans peuvent compter sur l'héritage de leur père, récemment décédé, et sur leurs très florissantes affaires pétrolières. C'est autant pour répartir les risques financiers que pour accélérer leurs acquisitions de métal précieux qu'ils décident de faire appel à des partenaires.

· En mars 1975, Nelson Bunker se rend discrètement à Téhéran afin de proposer au shah d'Iran d'entrer dans la manoeuvre. Mais la négociation échoue, en grande partie en raison de l'incapacité de l'Américain à estimer précisément les gains qu'il compte tirer de l'affaire. A Téhéran en outre, on se méfie de ce parvenu aux manières de cow-boy et on craint que cette spéculation ne crée des problèmes avec le gouvernement américain. Deux autres tentatives aux Philippines et auprès de la famille royale saoudienne n'ont guère plus de succès. Ce n'est qu'en 1979 que Nelson Bunker et William Herbert parviennent enfin à intéresser des investisseurs saoudiens en quête de placements juteux pour leurs pétrodollars. C'est ainsi qu'au printemps 1979 est créé l'International Metal Investment Group.

· La société commence immédiatement à ramasser tout l'argent disponible sur le marché. Entre juin et décembre 1979, elle acquiert pour plus de 150 millions d'onces de métal précieux, portant à 200 millions le stock total détenu par les deux frères et leurs partenaires saoudiens. Dans le même temps, les cours s'envolent littéralement, passant d'un peu plus de 5 dollars l'once au début de l'année 1979 à... 54 dollars un an plus tard. Nelson Bunker et William Herbert ont réussi leur pari : en janvier 1980, ils ont accumulé tellement de contrats sur l'argent que les vendeurs ne peuvent tenir leurs engagement, ce qui les obligent à racheter l'argent sur le marché au prix fort. L'entrée dans la danse de centaines de spéculateurs ne fait qu'aggraver les choses. Depuis leur ranch de Dallas, les deux frères ont tout lieu de se réjouir. Détenant une bonne moitié des stocks d'argent de la planète, immensément riches - leur fortune virtuelle représente plusieurs centaines de milliards de dollars -, ils font part à qui veut les entendre de leur intention de réintroduire l'argent en tant que monnaie, en remplacement de la monnaie-papier. Ce sont ces foucades, autant que les risques de déstabilisation en chaîne, qui vont pousser les autorités à intervenir.

· Au début de l'année 1980, le Comex (New York Commodity Exchange), appuyé par la Réserve fédérale, décide brutalement de changer les règles du jeu. Afin de casser la spéculation, des dépôts de garantie réclamés aux nouveaux acheteurs sont portés à des niveaux prohibitifs. En outre, les professionnels sont autorisés à remplacer la livraison d'argent par du cash, ce qui soulage immédiatement le marché " short ". En outre, le nombre de contrats pouvant être détenus par une personne ou une entité est drastiquement limité. L'effet ne tarde pas : entre janvier et début mars 1980, le cours de l'argent recule brutalement de 54 à 21 dollars. Le 26 mars 1980, le fameux " Silver Thursday ", les cours plongent brutalement à 10,8 dollars ! Des centaines de spéculateurs sont ruinés. Les frères Hunt eux-mêmes sont contraints de se déclarer en faillite. Ils seront condamnés en 1988 pour manipulation de marché. Comme en 1869 lors de l'affaire Gould, les autorités fédérales ont réussi à briser net la spéculation.

· Au début des années 1980, la baisse brutale des prix du pétrole achève de ruiner les Hunt. Ruine toute relative au demeurant, la famille conservant aujourd'hui encore de nombreux actifs dans le pétrole. Mais c'en est fini de la flamboyance des Hunt. A trop jouer avec l'argent, ils ont fini par se brûler les doigts...
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MessagePosté le: Lun 16 Aoû - 18:50 (2010)    Sujet du message: Publicité

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